@. Ampère et l'histoire de l'électricité |
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Parcours historique > L'expérience de Hans-Christian Œrsted (1820) | |||
Une découverte due au hasard ?Par Christine Blondel et Bertrand Wolff L'électricité peut-elle agir sur le magnétisme ?Dans l'article "Feu électrique, Fluide électrique, ou
Matière électrique"
Les récits ne manquent pas au XVIIIe siècle sur les effets magnétiques provoqués par les orages. Des navigateurs ont même observé l'inversion des pôles de leur boussole sous l'action de la foudre. Benjamin Franklin est de ceux qui ont cherché à reproduire ces effets avec des étincelles électriques. Sous l'action de la décharge de puissantes batteries de bouteilles de Leyde, il réussit à aimanter des aiguilles d'acier et à inverser les pôles d'un aimant. Mais il croit constater aussi, contrairement à l'affirmation de Le Monnier, que le sens du magnétisme acquis par l'aiguille dépend de son orientation par rapport au méridien magnétique terrestre et non de la direction de la décharge. Aussi écrit-il en 1773, que "ces deux puissances [l'électricité et le magnétisme] n'ont aucun rapport l'une à l'autre" et que "la production apparente du magnétisme n'est qu'accidentelle". La cause finale serait donc le magnétisme terrestre, auquel les effets thermiques ou mécaniques de la décharge donneraient la possibilité d'agir. Cette opinion est reprise par les physiciens français. Mais une autre piste pour rapprocher électricité et magnétisme reposait sur les analogies que présentent les interactions entre les deux types d'électricité d'une part, et entre deux pôles d'aimant d'autre part. Deux corps d'électricités opposées s'attirent, tout comme un pôle nord et un pôle sud. La pile récemment découverte, avec ses deux extrémités, positive et négative, n'aurait-elle pas quelque point commun avec un barreau aimanté ? Le terme "pôle" qui désigne encore aujourd'hui la borne d'un générateur trouve d'ailleurs là son origine. On tente ainsi, sans succès, de faire agir une pile isolée sur une aiguille magnétique. On tente aussi, inversement, de produire des électrolyses à l'aide de "batteries d'aimants". Ou encore, on fait flotter une batterie de piles à la surface de l'eau, en espérant qu'elle s'orientera sous l'effet du magnétisme terrestre. L'Allemand Ritter pense mettre ainsi en évidence des pôles électriques de la terre.
Il faut noter que dans toutes ces expériences, on a utilisé
des piles dont les pôles ne sont pas reliés. Ceux qui
recherchent ce type d'analogies, comme Ritter ou Oersted, s'attendent
en effet à des propriétés liées à
l'existence de pôles opposés, dont l'électrisation
se vérifiait par la déviation d'un électromètre.
Or ces déviations de l'électromètre disparaissent
lorsqu'on joint les deux pôles de la pile par un fil conducteur
(la tension entre les pôles de la pile est alors trop faible
pour être décelée avec un électromètre)
[Voir la vidéo
La pile de Volta en court-circuit
Les échecs de ces tentatives ne suffiront pas à dissuader Oersted, guidé par la conviction d'une unité profonde des "forces" de la nature. Mais son procédé expérimental sera très différent de celui de Ritter : les pôles de la pile seront mis en communication. Qui est Hans-Christian Œrsted (1777-1851) ?Né dans une petite ville sans école, fils d'un apothicaire peu fortuné, c'est à quelques habitants instruits de la ville qu'il doit un enseignement varié, et dès l'âge de 12 ans il assiste son père, avant d'entrer à l'université de Copenhague, où il étudie pharmacie, médecine, physique, astronomie, et philosophie. Docteur en philosophie, il est l'auteur, à 22 ans, d'une thèse sur Kant. Il commence sa vie professionnelle comme apothicaire à Copenhague. Mais dès l'annonce de la découverte de Volta, il expérimente sur les décompositions chimiques à l'aide de puissantes batteries voltaïques. De 1801 à 1803, il effectue un tour d'Europe, rencontrant savants, poètes et philosophes - notamment en Allemagne les philosophes Schelling et Fichte. Il discute longuement avec Ritter à Iéna, en diffuse ensuite les thèses à Paris, et poursuit une correspondance avec lui. De retour à Copenhague en 1803, il obtient la chaire de physique en 1806. Premières recherchesEn 1812, dans un ouvrage publié en allemand, Ansicht der chemischen Naturgesetze, - la traduction française remaniée de 1813 a pour titre explicite Recherches sur l'identité des forces électriques et chimiques - il inclut des "Remarques sur le magnétisme" où l'on peut lire : "[A partir de] la conviction que je nourrissais au sujet de l'identité des forces électriques et magnétiques, [...] je résolus de tester mon opinion par l'expérience. [...] Il faudrait essayer si l'électricité, dans son état le plus latent, n'a aucune action sur l'aimant comme tel. Cette expérience ne serait pas sans difficulté". Oersted sait ce qu'il en est des prétendues "découvertes" de Ritter. Les arguments en faveur de l'indépendance des phénomènes électriques et magnétiques lui sont bien connus. Par exemple, qu'une aiguille métallique soit aimantée ou non, ne change rien à son comportement au voisinage d'un corps électrisé par frottement : dans les deux cas elle s'électrise par influence et se tourne vers le corps électrisé. Mais l'idée d'Oersted est qu'il existe une hiérarchie des formes d'action de l'électricité : électricité de frottement - la moins "latente" -, électricité "galvanique" (celle de la pile), et enfin magnétisme - la plus latente. Seules pourraient interagir les formes semblables, les autres formes se croisant "sans se gêner mutuellement". C'est pourquoi il est inutile de chercher à faire agir l'électricité de frottement (statique) sur l'aimant. Si Oersted espère cependant pouvoir déceler un effet de l'électricité galvanique sur "l'aimant en tant que tel", alors que l'électricité de frottement ne fait pas de distinction entre aiguille aimantée ou non aimantée, c'est qu'à ses yeux la forme "galvanique" se rapproche davantage de la forme magnétique. Mais puisqu'elle ne fait que s'en rapprocher, on peut s'attendre à ce que l'effet soit faible et demande des circonstances particulièrement favorables : "cette expérience ne serait pas sans difficulté". De fait, c'est seulement sept ans plus tard qu'Oersted reprendra le sujet. Mais au vu de ces réflexions de 1812, dont il reconnaîtra certes en 1821 le caractère obscur, il est difficile d'attribuer au pur hasard, comme le fait une légende tenace, les circonstances de sa découverte.
C'est au début de juillet qu'il reprend méthodiquement ses expériences, utilisant notamment une pile plus puissante, jusqu'à ce qu'il puisse conclure dans un bref mémoire de quatre pages, en latin, publié le 21 juillet : "l'aiguille aimantée change de direction par l'influence de l'appareil voltaïque", c'est-à-dire la pile, et "cet effet a lieu lorsque le circuit est fermé et non lorsqu'il est interrompu". C'est pour avoir laissé le circuit ouvert, ajoute-t-il, que de célèbres physiciens n'ont point réussi, il y a quelques années, à montrer cet effet. La première partie du mémoire est une présentation des expériences fondamentales. Plusieurs métaux ont été employés "avec un égal succès" pour le "fil conjonctif".
[Voir la vidéo
L'expérience d'Oersted
L'interprétation de l'expérience par OerstedPour Oersted, le passage de l'électricité dans le fil conducteur,
ou fil conjonctif, ne consiste pas en une simple circulation de fluide :
"Nous désignerons l'effet qui se manifeste dans le conducteur et autour de
lui pendant l'action voltaïque, par l'épithète de conflit
électrique." L'accueil de l'expérienceLa découverte d'Oersted met à mal les schémas de la "science électrique" de l'époque. De plus les opinions philosophiques de son auteur suscitent le scepticisme. Si la réception par le monde savant est enthousiaste, en revanche rares sont les physiciens qui adhèrent au type d'explication que donne Oersted. Une période d'intense bouillonnement théorique et expérimental commence... [Voir la page Une expérience qui dérange... et passionne] En même temps qu'elle ouvre un nouveau champ théorique, la découverte d'Oersted est à l'origine de l'essor de l'électricité moderne. Pour en savoir un peu plusMONNIER, Emmanuel. Les déviations inattendues de Christian Oersted. Les mathématiques expliquent les lois de la nature. Les Cahiers de Science & Vie, 67, février 2002, p. 12-19. LOCQUENEUX, Robert. La naissance de l'électromagnétisme, une incompréhensible expérience. 200 ans de science, 1789-1989. Science & Vie Hors-série, 166, 1989, p. 46-53. THUILLIER, Pierre. De la philosophie à l'électromagnétisme : Le cas Oersted. La Recherche, 21, 1990, p. 344-351. DIBNER, Bern. Oersted and the Discovery of Electromagnetism. New York, 1961. KIPNIS, Nahum. Chance in Science: The Discovery of Electromagnetism by H.C. Oersted. Science and Education, 14, 2005, p. 1-28. CANEVA Kenneth L., The Form and Function of Scientific Discoveries, Dibner Library Lecture, Smithsonian Institution Libraries, November 16, 2000 [ Voir le PDF] Une bibliographie de "sources secondaires" sur l'histoire de l'électricité. Mise en ligne : mars 2006 (dernière révision :
septembre 2011)
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