@. Ampère et l'histoire de l'électricité 

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Ampère : un poète romantique ?

par Dolores Martín

"Mais oui, je fais des vers,
Et j’aime qu’on le sache"

Une des facettes méconnues de l'activité d'Ampère est sa création poétique, très importante pour lui pendant ses années de jeunesse à Poleymieux-au-Mont-d’Or et à Lyon, en particulier la période qui s’écoule entre sa première rencontre avec sa future femme Julie Carron en 1796 et son mariage en 1799. Il reste dans ses archives des centaines de vers parmi tous ceux qu'il a pu écrire, parfois mêlés à des formules mathématiques. Son dernier ouvrage, l'Essai sur la philosophie des sciences, témoigne de la persistance de l'intérêt d'Ampère pour la poésie : le livre se termine par un long poème en latin Carmen mnemonicum décrivant les 128 sciences répertoriées par Ampère dans sa classification des sciences. La plupart de ses poèmes, ainsi que ses tragédies inachevées, sont non datés et, restés manuscrits, ils furent communiqués seulement à ses proches, à la Société littéraire de Lyon ou à la Société d'émulation de Bourg.

Dans l’ensemble des travaux d’Ampère, la poésie s'inscrit dans la description d'une nature toujours en mouvement à travers des métaphores capables de rapprocher le monde physique et le monde spirituel. Pour Ampère, le langage a pour fonction de décrire les rapports avec la Nature, et doit donc être ouvert à la création de termes linguistiques qui puissent prévoir de nouveaux phénomènes naturels ou définir de nouvelles connaissances. C'est ce qu'il a fait dans ses travaux sur l’électrodynamique, mais aussi dans ses recherches de jeunesse pour créer une langue universelle et dans sa classification des sciences.

La science et la poésie sont pour lui deux approches complémentaires pour appréhender la Nature, qui s’appuient toutes deux sur l’imagination afin de créer des images. Saint-Beuve a souligné que la source des poèmes d’Ampère ne fut pas une observation attentive de la nature mais l’imagination, et il ajoute l’anecdote suivante : ce n'est qu'à l'âge adulte, lorsque son ami Pierre-Simon Ballanche lui prête une paire de lunettes, qu'il découvre, selon ses propres termes, "la beauté des campagnes, la lumière sur les montagnes et les forets", merveilles restées jusqu'alors dans un certain flou du fait de sa forte myopie.

Un père amateur de poésie

L’influence la plus marquante dans cette passion poétique est la tradition familiale héritée de son père Jean-Jacques. A l’époque des Lumières, il était courant pour la bourgeoisie de former ses enfants à la lecture des grands poètes. Mais le négociant en soies Jean-Jacques Ampère va plus loin en versifiant lui-même. Il nous reste de sa main une tragédie sur le mode antique inspirée par les événements de la Révolution française : L’Artaxerxe ou le Roi constitutionnel. Il y montre, dans le style de Corneille et en y ajoutant une atmosphère de prise de la Bastille, les conflits insolubles entre l’amour et le pouvoir à travers l’histoire d'Artaxerxés, le fils du Roi des Perses Xerxès.

Dans sa jeunesse, Ampère suit les goûts de son père et apprend par cœur les tragédies classiques de Racine et Voltaire, qu'il récite pendant ses promenades aux Monts d’Or. Quelque temps après, son père l’initie à la langue latine à travers les vers de Virgile, qui restent pour le jeune homme un modèle. Il se lance dans la traduction des odes d'Horace puis ébauche plusieurs tragédies en alexandrins inspirées de l'Antiquité et une épopée sur la conquête de l'Amérique, L'Américide (1795), maintes fois reprise mais restée inachevée.

L'influence des poètes néoclassiques français

La poésie d’Ampère est aussi très marquée par le mouvement littéraire néoclassique français de la fin du XVIIIe siècle. Il reprend les formes lyriques d'écrivains comme Jean-François de Saint-Lambert (1716-1803), Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794), Evariste de Parny (1753-1814) ou Jacques Delille (1738-1813) qui s'attachent à la versification classique à la manière d'Homère. Dans son Américide, le jeune Ampère se fait l'écho des thèmes politiques présentés par Jean-François Marmontel (1723-1799) dans ses pièces de théâtre comme Les Incas (1777) où sont décrites les cruautés des Espagnols dans la conquête de l’Amérique.

À côté de ces influences néoclassiques, qui marquent les poèmes d’Ampère par de nombreux recours à la mythologie grecque et romaine, il faut aussi souligner l’inspiration provenant du mouvement romantique.

Le Romantisme

Le Romantisme commençait à monter en puissance en Europe avec les ouvrages en France de Jean-Antoine Roucher (1745-1794) qui remettait en cause la rigidité de l’alexandrin classique pour lui donner un peu plus de liberté ou André-Marie Chénier (1762-1794) qui, comme Roucher, composait des poèmes bucoliques et pastoraux, ou "églogues", situés dans des lieux idylliques. On retrouve cette ambiance lyrique dans plusieurs poèmes d’Ampère comme Le temps dans sa course rapide où il fait référence à une Nature décrite à partir de sentiments personnels caractéristiques de l'explosion romantique tels que la "noire mélancolie" ou "l’étincelle du génie", à la source de la folie.

La contemplation de la Nature provoquait chez Ampère une illumination intérieure, une espèce de recréation à partir l’imagination, qui se traduisait dans sa création poétique. Cette perception de la Nature fut encore marquée par sa lecture de Jean-Jacques Rousseau, un des initiateurs du discours romantique sur la Nature. Le jeune Ampère recrée des "rêveries" à la manière de Rousseau pour exprimer la marque de son univers sur la Nature. Un des exemples de cette thématique se trouve dans le poème La Rencontre où Ampère exprime une forte relation entre l’individu et la nature : "Le cri de la nature répandait dans mon âme une inquiétude vague et insupportable".

Le caractère romantique de la poésie d’Ampère se retrouve dans la tension entre son goût pour la solitude qu'on devine dans le poème Solitude enchanteresse et l'angoisse suscitée par cette solitude exprimée par exemple dans un autre poème : Non, nous ne sommes pas nés pour la solitude...

Mais c'est dans les poèmes adressés à sa future femme, Julie Carron, que se réunissent tout particulièrement ces thèmes romantiques. Le biographe d'Ampère Louis de Launay, a souligné les ressemblances formelles et thématiques entre le poème d'Ampère Que j'aime à m'égarer (1797) et le célèbre poème Le Lac de Lamartine (1820). Ces deux poèmes se centrent sur l’absence de l’aimée. Il ne semble cependant pas y avoir de lien direct entre Lamartine et la poésie d’Ampère. D'ailleurs André-Marie avait d'autres liens avec le Romantisme, en particulier par son ami Pierre-Simon Ballanche qui deviendra un peu plus tard, un des noms les plus importants du Romantisme français avec son ouvrage Du sentiment considéré dans ses rapports avec la littérature et les arts (1801), où la Nature est décrite comme un être vivant, comme le faisait Ampère lui-même.

Des thématiques variées

La présente sélection des poèmes d’Ampère est regroupée par thèmes. L’amour constitue un thème privilégié, car la plupart de ces poèmes furent adressés à sa première femme, Julie Carron. Dans ces poèmes abondent les métaphores amoureuses, le feu représentant la passion à la manière de Pétrarque. Après l’amour, place à l’amitié qui soigne les douleurs de l´absence. L’amitié parvient à transmettre un relatif sentiment de paix dans un monde vide aux yeux d’Ampère s'il est sans amour.

La politique constitue une autre source d’inspiration. Les poèmes liés aux événements politiques critiquent les acteurs de la Révolution française comme les Jacobins ou Marat, bien que les idées politiques d’Ampère soient toujours restées partagées vis-à-vis de l'héritage des Lumières à travers la Révolution.

Enfin on trouve des poèmes consacrés à des jeux littéraires et à diverses thématiques, dont certains furent proposés à la Société littéraire de Lyon dont il fut secrétaire.

Il est curieux qu’Ampère donne très peu de place à la science dans sa poésie en dehors d'un éloge de Newton dans son poème Vers sur les dialogues philosophiques de Mr. Flexier de Réval. Mais ce poème n’a pas d'intention didactique ou scientifique. Il s'attaque à l'abbé Xavier de Feller, qui sous le pseudonyme de Flexier de Réval, avait publié plusieurs ouvrages critiquant les théories de Newton. Pour Ampère la science n’est pas un sujet de poésie, c´est une approche de la Nature en elle-même, au même titre que la poésie.

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