Sources primaires > LE MONNIER, Aimant, [juin] 1751.
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dérangements occasionnés par les secousses du vaisseau. Il paraît au reste que cette découverte 
a été faite avant l'an 1180. Voyez l'article AIGUILLE, où l'on traite plus particulièrement de 
cette découverte. 

I. DES PÔLES DE L'AIMANT, ET DE SA VERTU DIRECTIVE.

Chaque aimant a deux pôles dans lesquels réside la plus grande partie de sa vertu : on les reconnaît en roulant une pierre d'aimant quelconque dans de la limaille de fer ; toutes les parties de cette limaille qui s'attachent à la pierre se dirigent vers l'un ou l'autre de ces pôles, & celles qui sont immédiatement dessus sont en ces points perpendiculairement hérissées sur la pierre : enfin la limaille est attirée avec plus de force & en plus grande abondance sur les pôles que partout ailleurs. Voici une autre manière de connaître les pôles ; on place un aimant sur un morceau de glace polie, sous laquelle on a mis une feuille de papier blanc : on répand de la limaille peu à peu sur cette glace autour de l'aimant, & on frappe doucement sur les bords de la glace pour diminuer le frottement qui empêcherait les molécules de limaille d'obéir aux écoulements magnétiques : aussitôt on aperçoit la limaille prendre un arrangement régulier, tel qu'on l'observe dans la figure, dans lequel la limaille se dirige en lignes courbes A E B, A E B, (Planc. Phys. fig. 58.) [voir fac-similé] à mesure qu'elle est éloignée des pôles, & en lignes droites A A, B B, à mesure qu'elle s'en approche ; en sorte que les pôles sont les points où convergent toutes ces différentes lignes courbes & droites. Maintenant on appelle axe de l'aimant, la ligne droite qui le traverse d'un pôle à l'autre ; & l'équateur de l'aimant est le plan perpendiculaire qui le partage par le milieu de son axe. Or cette propriété de l'aimant d'avoir des pôles est comme essentielle à tous les aimants ; car on aura beau casser un aimant en tant de morceaux que l'on voudra, les deux pôles se trouveront toujours dans chaque morceau. Cette polarité de l'aimant ne vient point, comme on l'a cru, de ce que les mines de l'aimant sont dirigées nord & sud ; car il est très certain que ces mines affectent comme les autres toute sorte de direction, & nommément il y a dans le Devonshire une mine d'aimant, dont les veines sont dirigées de l'est à l'ouest, & dont les pôles se trouvent aussi dans cette direction : mais les pôles de l'aimant ne doivent point être regardés comme deux points si invariables qu'ils ne puissent changer de place : car M. Boyle dit qu'on peut changer les pôles d'un petit morceau d'aimant en les appliquant contre les pôles plus vigoureux d'une autre pierre ; ce qui a été confirmé de nos jours par M. Gwarin Knight, qui peut changer à volonté les pôles d'un aimant naturel, par le moyen des barreaux de fer aimantés. On a donné aux pôles de l'aimant les mêmes noms qu'aux pôles du monde, parce que l'aimant mis en liberté, a la propriété de diriger toujours ses pôles vers ceux de notre globe ; c'est-à-dire qu'un aimant qui flotte librement sur une eau dormante, ou qui est mobile sur son centre de gravité, ayant son axe parallèle à l'horizon, s'arrêtera constamment dans une situation telle qu'un de ses pôles regarde toujours le nord, & l'autre le midi : & si on le dérange de cette situation, même en lui en donnant une directement contraire, il ne cessera de se mouvoir & d'osciller jusqu'à ce qu'il ait retrouvé sa première direction. On est convenu d'appeler pôle austral de l'aimant, celui qui se tourne vers le nord, & pôle boréal celui qui se dirige vers le sud. Le méridien magnétique est le plan perpendiculaire à l'aimant suivant la longueur de son axe, qui passe par conséquent par les pôles. Lorsqu'après avoir bien reconnu les pôles & l'axe d'un aimant, on le laisse flotter librement sur un liège, le vaisseau dans lequel il flotte étant posé sur une méridienne exactement tracée, on s'apercevra que les pôles de l'aimant ne regardent pas précisément ceux du monde, mais qu'ils en déclinent plus ou moins à l'est ou à l'ouest, suivant les différents lieux de la terre où se fait cette observation. Cette déclinaison de l'aimant varie aussi chaque année, chaque mois, chaque jour, & même à chaque heure dans le même lieu. Voyez l'article AIGUILLE, où l'on en traite plus particulièrement. Pareillement, si l'on fait nager sur du mercure un aimant sphérique, après en avoir bien reconnu l'axe & les pôles, il se dirigera d'abord à peu près nord & sud : mais on remarquera aussi que son axe s'inclinera d'une manière constante ; en sorte que dans nos climats le pôle austral s'incline, & le pôle boréal s'élève, & au contraire dans l'autre hémisphère. Cette inclinaison varie aussi dans tous les lieux de la terre & dans tous les temps de l'année, comme on peut le voir à l'article AIGUILLE, où l'on en parle plus amplement. Les pôles de l'aimant sont, comme nous l'avons dit précédemment, des points variables que nous sommes quelquefois les maîtres de produire à volonté, & sans le secours d'aucun aimant ; comme nous verrons qu'il est facile de le faire par les moyens que nous exposerons dans la suite : car lorsqu'on coupe doucement & sans effort un aimant par le milieu de son axe, chacune de ses parties a constamment deux pôles, & de vient un aimant complet : les parties qui étaient contiguës sous l'équateur avant la section, & qui n'étaient rien moins que des pôles, le sont devenues, & même pôles de différents noms ; en sorte que chacune de ces parties pouvait devenir également pôle boréal ou pôle austral, suivant que la section se serait faite plus près du pôle austral ou du pôle boréal du grand aimant : & la même chose arriverait à chacune de ces moitiés, si on les coupait par le milieu de la même manière. Voyez Planc. Physiq. fig. 66. [voir fac-similé]. Mais si au lieu de couper l'aimant par le milieu de son axe A B, on le coupe suivant sa longueur, (Pl. Physiq. fig. 67.) [voir fac-similé] on aura pareillement quatre pôles a a, b b, dont ceux du même nom seront dans chaque partie, du même côté qu'ils étaient avant la section, à la réserve qu'il sera formé dans chaque partie un nouvel axe a b, a b, parallèle au premier, & plus ou moins rentré au-dedans de la pierre, suivant qu'elle aura naturellement plus de force magnétique.
II. DE LA VERTU ATTRACTIVE DE L'AIMANT.

§. I. De l'attraction réciproque de deux aimants, & de la répulsion. Le phénomène de l'attraction réciproque de deux aimants, d'un aimant & d'un morceau de fer, ou bien de deux fers aimantés, est celui de tous qui a le plus excité l'admiration des anciens philosophes, & qui a fait dire à quelques-uns que l'aimant était animé. En effet, qu'y a-t-il de plus singulier que de voir deux aimants se porter l'un vers l'autre comme par sympathie ; s'approcher avec vitesse comme par empressement ; s'unir par un côté déterminé au point de ne se laisser séparer que par une force considérable ; témoigner ensuite dans une autre situation, une haine réciproque qui les agite tant qu'ils sont en présence ; se fuir avec autant de vitesse qu'ils s'étaient recherchés, & n'être tranquilles que lorsqu'ils sont fort éloignés l'un de l'autre ? Ce sont cependant les circonstances du phénomène de l'attraction & de la répulsion de l'aimant, comme il est facile de s'en convaincre par l'expérience suivante.
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