Sources primaires > LE MONNIER, Aimant, [juin] 1751.
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septentrional de la terre) l'extrémité boréale de l'aiguille, & la partie inférieure de la 
barre, attire le sud de l'aiguille (figure 55.) [voir fac-similé] : mais si on renverse la barre, en 
sorte que sa partie supérieure soit celle même qui était en bas dans le cas précédent, le nord 
de l'aiguille sera toujours attiré constamment par l'extrémité supérieure de la barre, & le sud 
par l'extrémité inférieure ; d'où il est évident que la position verticale détermine les 
pôles d'une barre de fer ; savoir, le bord supérieur est toujours (dans notre hémisphère) un 
pôle austral, & l'inférieur un pôle boréal : & comme l'on peut mettre chaque extrémité de la 
barre en haut ou en bas, il est clair que les pôles qu'elle acquiert par cette méthode sont 
variables. On donne à une barre de fer des pôles fixes en cette sorte : on la fait rougir, & on la 
laisse refroidir en la tenant dans le plan du méridien : alors l'extrémité qui regarde le nord, 
devient un pôle boréal constant ; & celle qui se refroidit au sud, devient un pôle austral aussi 
constant. Mais pour que cette expérience réussisse, il doit y avoir une certaine proportion entre 
la grosseur de la barre & sa longueur : par exemple, une barre de 1/5 de pouce de diamètre doit 
avoir au moins 30 pouces pour acquérir des pôles fixes par cette méthode ; & une barre de 30 
pouces de long, doit n'avoir que 1/5 de pouce de diamètre ; car si elle était plus épaisse, elle 
n'aurait que des pôles variables. 
5°. On a vu précédemment qu'une percussion forte & prompte dans un morceau de fer aimanté est 
capable de détruire sa vertu magnétique ; une semblable percussion dans un morceau de fer qui n'a 
jamais touché à l'aimant, est capable de lui donner des pôles. On a mis sur une grosse enclume, & 
dans le plan du méridien, une barre de fer doux, longue & mince, & on a frappé avec un marteau sur 
l'extrémité qui était tournée du côté du nord : aussitôt elle est devenue pôle boréal : on 
a frappé pareillement l'autre extrémité, laquelle est devenue pôle austral : il faut toujours 
observer dans ces sortes d'expériences, que la longueur de la barre soit proportionnée à son 
épaisseur, sans quoi elles ne réussissent point. Cet effet, au reste, que l'on produit avec un 
marteau, arrive aussi en limant ou en sciant la barre par une de ses extrémités. 
6°. Les outils d'acier qui servent à couper ou à percer le fer s'aimantent par le travail, 
surtout en s'échauffant ; en sorte qu'il y en a qui peuvent soulever des petits clous de fer. Ces 
outils n'ont presque point de force au sortir de la trempe : mais lorsqu'après avoir été recuits, 
on les lime & on les use, ils acquièrent alors beaucoup de vertu qui diminue néanmoins quand ils 
se refroidissent. Les morceaux d'acier qui se terminent en pointe s'aimantent beaucoup plus 
fortement que ceux qui se terminent en une langue large & plate : ainsi un poinçon d'acier attire 
plus par sa pointe qu'un ciseau ou qu'un couteau ordinaire : plus les poinçons sont longs, plus ils 
acquièrent de vertu ; en sorte qu'un poinçon long d'un pouce & de 9 lignes de diamètre, attire 
beaucoup moins qu'un foret de 3 à 4 pouces & d'une ligne 1/2 de diamètre. 
On a remarqué que la vertu attractive de tous les corps aimantés de cette manière était 
beaucoup plus forte lorsqu'on en éprouvait l'effet sur une enclume ou sur quelqu'autre grosse 
pièce de fer ; en sorte que selon toutes les apparences, les petits clous devenus des aimants 
artificiels par le contact de l'enclume, présentaient aux poinçons leurs pôles de différents 
noms, ce qui rendait l'attraction plus forte que lorsqu'ils étaient sur tout autre corps, où ils 
n'avaient plus de vertu polaire. 
7°. On aimante encore très bien un morceau de fer doux & flexible, & toujours d'une longueur 
proportionnée à son épaisseur, en le rompant par l'une ou l'autre de ses extrémités à force de 
le plier de côté & d'autre. C'est ainsi qu'on a aimanté un morceau de fil de fer très flexible, 
long de deux pieds & demi, & de la grosseur du petit doigt ; on l'a serré dans un étau à cinq 
pouces de son extrémité ; & après l'avoir plié de côté & d'autre, on l'a cassé ; chacun de 
ses bouts a attiré par la cassure un petit clou de broquette : on a remis dans l'étau le bout le 
plus long, & on l'a serré à un demi pouce de la cassure, & on l'a plié & replié plusieurs fois 
sans le rompre, & on a trouvé sa vertu attractive considérablement augmentée à l'endroit de la 
cassure : on l'a plié ainsi à huit différentes reprises jusqu'au milieu, & il a pu lever quatre 
broquettes : mais lorsqu'on a continué de le plier au-delà du milieu vers l'autre extrémité, sa 
vertu a diminué à l'endroit de la cassure, & il a attiré au contraire par le bout opposé, 
jusqu'à ce qu'ayant été plié plusieurs fois jusqu'à cette dernière extrémité, il a soulevé 
quatre broquettes par celle-ci, tandis qu'il pouvait à peine soulever quelques particules de 
limaille par l'extrémité où il avait été rompu. 
Si on plie un morceau de fer dans son milieu, il n'acquerra presque pas de vertu magnétique : si 
on le plie à des distances égales du milieu, chacune de ses extrémités sera aimantée, mais plus 
faiblement que si on ne l'avait plié que d'un côté. 
8°. Enfin, M. Marcel, de la Société royale de Londres, a trouvé un moyen de communiquer la 
vertu magnétique à des morceaux d'acier, qui est encore indépendant de la pierre d'aimant.  
Ce moyen consiste à mettre ces pièces d'acier sur une enclume bien polie, & à les frotter 
suivant leur longueur, & toujours dans le même sens, avec une grosse barre de fer verticale, dont 
l'extrémité inférieure est arrondie & bien polie ; en répétant ce frottement un grand nombre de 
fois sur toutes les faces de la pièce d'acier qu'on veut aimanter, elle acquiert autant de vertu 
magnétique que si elle eût été touchée par le meilleur aimant ; c'est ainsi qu'il a aimanté 
des aiguilles de boussole, des lames d'acier destinées à faire des aimants artificiels, & des 
couteaux qui pouvaient porter une once trois quarts. 
Dans les morceaux d'acier qu'on aimante de cette manière, l'extrémité par où commence le 
frottement se dirige toujours vers le nord ; & celle par où le frottement finit se dirige vers le 
sud, quelle que soit la situation de l'acier sur l'enclume. 
Cette expérience réussit, au reste, beaucoup mieux lorsque le morceau de fer ou d'acier qu'on 
veut aimanter par cette méthode, est dans la direction du méridien magnétique, un peu inclinée 
vers le nord, & surtout entre deux grosses barres de fer assez longues pour contenir & 
contrebalancer l'effort des écoulements magnétiques qu'on imprime au morceau d'acier. 
Cet article nous a été donné tout entier par M. Lemonnier, Médecin, des Académies royales des 
Sciences de Paris & de Berlin, qui a fait avec beaucoup de succès une étude particulière de 
l'aimant. Sur la cause des propriétés de l'aimant, voyez MAGNETISME. 
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