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Correspondance d'Ampère, Lettre L904

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Index des noms de personnes

Bredin, Claude-Julien      à      Ampère, André-Marie


8 mars 1811

Cher ami, j'ai dîné aujourd'hui avec M. Andrieux. C'est la première fois que nous nous voyons un peu à notre aise. Nous n'avions pas encore causé sur des objets intéressants. Tu avais voulu me procurer la connaissance de cet homme aimable ; mon ami, je te remercie bien de ta bonne volonté, mais je n'en ai malheureusement pas profité. Les choses se sont mal arrangées. Je n'ai pas eu le temps d'aller voir M. Andrieux à la campagne. Le peu de fois qu'il est venu me voir, je me suis trouvé gêné par des leçons, par des examens ou par des malades. Je regrette beaucoup à cette heure de n'avoir appris à connaître M. Andrieux qu'à la veille de son départ. J'ai trouvé du plaisir à l'entendre exposer sa manière de voir en métaphysique avec clarté, avec netteté, avec élégance. Tu peux savoir, sans qu'il soit besoin de t'en avertir, que nous n'avons été du même avis presque sur rien. En psychologie, nous partons du même principe, mais nous ne marchons pas longtemps ensemble. En morale et en religion, nous sommes aussi dissidents qu'il soit possible de l'être. Cependant nous aimons la vérité tous les deux. Nous la croyons avoir tous les deux. Nous sommes de bonne foi. Je crois fermement qu'il est dans des erreurs déplorables. Il croit aussi que je m'attache à des chimères bien dangereuses. Mais, heureusement, nous sommes tolérants tous les deux. Nous avons causé très paisiblement sans nous fâcher, sans nous interrompre. Nous nous sommes écoutés et nous nous sommes séparés bons amis. Non pas qu'il aime ma croyance, ni que j'aime sa doctrine. Oh non, tu sais bien que tu ne fais pas plus de cas de la mienne que moi de la tienne et cependant nous vivons bien ensemble toi et moi. S'il ne fallait aimer que les hommes qui pensent comme nous, cela serait affreux. Il faut espérer que M. Andrieux reviendra à Lyon et que je le verrai un peu plus que cette fois-ci. Mon ami, je n'ai pas encore pu aller à Poleymieux. Je n'entends plus parler de tes fermiers. Mais j'irai y faire un tour. J'aurais bien pu saisir cette occasion pour te renvoyer ton Don Carlos ; mais, depuis que Bonjour me l'a rendu, je n'ai pas encore pu le lire. Je prends la liberté de le retenir jusqu'à ce qu'une autre occasion se présente : ce qui ne peut tarder. Adieu, bon ami, je t'embrasse de tout coeur. Écris-moi, écris-moi plus souvent ! Mon père et mes enfants vont bien ; mais ma pauvre femme est toujours malade. Je ne vois presque plus Ballanche, ni Bonjour, ni Camille Jordan. Je suis solitaire plus que jamais ; et toi, je parie que tu es dans un tourbillon toujours plus agité.



Lettre publiée dans LAUNAY, Louis de. Lettres inédites de Claude-Julien Bredin. Lyon : Académie des sciences, belles-lettres et arts, 1936, p. 42-43
  Source de l'édition électronique de la lettre :
LAUNAY, Louis de. Lettres inédites de Claude-Julien Bredin. Lyon : Académie des sciences, belles-lettres et arts, 1936, p. 42-43


  Autre source de la lettre : original manuscrit
Paris, Archives de l'Académie des sciences, fonds Ampère, carton XXIV, chemise 334


Voir le fac-similé :
Lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr904.html

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