Que je suis aise, ma bonne amie, de trouver une occasion pour te dire bonjour et te charger d'embrasser le petit pour moi, et lui dire de t'embrasser pour moi ! Vous serez ainsi tous deux baisés de ma part ; mais, malheureusement, ce ne sera pas par moi. J'ai encore trois jours à attendre ; ces trois jours me paraîtront bien longs ; car à présent le temps me dure encore plus qu'au commencement de ton absence. J'aurais donné tout au monde hier pour te voir un instant ou pour t'écrire un mot. M. Brac (2) qui vint me voir et m'amener son neveu le mathématicien, mon certificat et mes leçons m'en empêchèrent. J'ai un nouvel élève qui s'appelle Chaussard ; il vint se proposer hier matin et commença le soir. J'ai été chercher mon certificat ce matin, au bureau où je l'avais déposé hier. On n'a fait qu'y écrire ces mots : « Vu, Bon », le dater et le signer. Mes expériences ont paru réussir complètement ; mais j'ai eu recours à un peu de supercherie qui, du reste, n'a rien gâté. Que je voudrais être à samedi, ma bonne amie ! Que je voudrais pouvoir te dire combien j'ai envie de revoir ma bien-aimée ! J'éprouve tous les jours davantage qu'il n'y a que toi qui fasses que je me soucie de vivre. Je faisais hier des préparations avec de l'acide sulfurique et il me semblait que je n'aurais point eu de répugnance à en boire un verre, si ce n'était que ma Julie est à moi et le petit qu'elle m'a donné.
Adieu, ma bonne amie, dis bien des choses de ma part à tous ceux que nous aimons ! N'oublie pas les deux commissions que je t'ai données pour le petit ! Je t'embrasse de tout mon cœur que tu remplis tout entier. Dis, je t'en prie, à ma sœur Élise que je voulais faire une bonne réponse à sa lettre de l'autre semaine, mais que M. Deryeux qui attend sa leçon ne m'en laisse pas le temps. Embrasse-la pour moi, et des deux côtés ; quoique ses baisers courent les rues, ils n'en sont pas moins précieux pour moi.
Adieu ma bien-aimée, ma Julie.
A. AMPÈRE


