Je suis dans une grande incertitude, ma bonne amie. On dit qu'il fait bien beau, mais je trouve le temps froid ; et je gage qu'il l'est bien davantage à Saint-Germain. Ta soeur est d'avis d'envoyer la voiture. Tes cousins pensent tous qu'il faut profiter d'un temps sans boue ni pluie. C'est ce que vient de me dire Périsse que sa maman a envoyé exprès.
Ma bonne amie, que je serais fâché d'être l'occasion que tu prisses froid ! Que je suis inquiet ! Si je m'en étais rapporté à moi-même, la voiture ne serait pas partie. Ma pauvre Julie, que tu auras froid pour revenir près de moi ! Il faut toujours que mon bonheur te coûte des souffrances. J'aimerais mieux ne te pas revoir encore, et que tu restasses bien chaudement auprès de ta maman. Mais ce qui achève de me décider, c'est le froid qu'il doit faire à Saint-Germain, où la bise doit donner en plein. Pourvu qu'elle n'empêche pas de faire du feu ! Ma bonne amie, je suis bien pressé. Louison veut porter cette lettre à son mari. Je t'embrasserai demain ! Heureuse pensée si tu devais être bien portante, si tu ne souffres plus des dents. Adieu, ma charmante amie, ma bienfaitrice, tout ce que j'aime ! Que je t'embrasse de bon coeur ! Que je suis tourmenté et content de t'attendre demain, ma Julie !
A. AMPÈRE
Tout à ta maman, à ta soeur ; mes adieux aux dames Sarcey.


