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Correspondance d'Ampère, Lettre L30

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lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr30.html

Index des noms de personnes

Ampère, André-Marie    à    Carron-Ampère, Julie (1ère femme d'Ampère) (1) | 15 avril 1800

A Madame Ampère chez Mme Carron, à Saint-Germain (au Mont d'Or).


Lyon, 15 avril 1800 [mardi]

L'an 2 de mon bonheur.

Je suis arrivé avant 9 heures en bonne santé, et sans autre fatigue que celle de penser que tu étais bien loin de moi, et pour bien longtemps... Mercredi, jeudi, vendredi sont trois jours terribles à passer. Pas un petit baiser de ma bonne Julie ; pas un petit bonjour à ma petite Julie (2), qui m'est un si bon prétexte pour embrasser sa maman par-ci par-là. Tu ne m'entendras pas de trois jours quand je te dirai à tout moment que je t'aime ! Oh, si fait, tu m'entendras : nos deux coeurs ont été trop près pour ne pas se répondre de loin ! Ma pauvre Julie, ma bonne amie, tu m'écriras bien comment tu te portes, comment se porte ma petite, et ta maman, ta soeur, tous ceux qui nous aiment. Tu me diras si ton voyage à Saint-Germain ne t'a pas trop fatiguée. J'ai bien peur que tu ne te fasses mal à force de marcher. Tu m'expliqueras tous les projets du moment et les douces pensées de ton âme ; tu me diras si j'y suis pour quelque chose. A quoi t'amuses-tu avec ma bonne soeur Élise et Mlle Allard (3) ? Je rangerai demain la violette avec la campanule blanche ; l'une m'a été donnée la première et l'autre de meilleur coeur ; l'une n'est qu'un présent de la plus jolie et de la plus intéressante petite demoiselle qu'on ait jamais adorée ; l'autre est celui de ma Julie, de ma bienfaitrice, de ma bonne amie ! Oh, je l'aimerai encore plus, mais j'aimerai pourtant toujours la petite campanule que j'ai reçue des jolis doigts de Mlle Carron et qui a été ma consolation quand je vivais loin d'elle. J'ai encore une bien douce occupation pour ce soir, je vais faire l'inventaire de tous mes trésors. Ah, le talisman, ta première lettre ! Tu me l'écrivis pour soulager un malade qui ne vivait que pour toi ; tu étais si bonne, ma Julie, que tu t'intéressais à son sort.
J'aurais déjà fait le petit inventaire ; mais j'ai voulu employer les premiers moments que m'ont laissés mes élèves à écrire à ma bonne amie. Outre le plaisir que j'y trouve, tu sais bien que j'ai, en même temps, le plaisir d'écrire à Mlle Carron, à Mlle Catherine, à Mlle Julie, à la jeune Mme Ampère, à ma maîtresse, à mon amie, à mon épouse et à la maman de ma petite Julie.

Du 16 (mercredi 16 avril 1800) – Je fus bien attrapé hier, ma bonne amie, quand je voulus faire mon inventaire. Je ne sais pas où tu as rangé la plupart de mes trésors, quand je pris mon portefeuille ; mais je n'ai trouvé que le petit tableau que j'ai baisé de bien bon coeur. J'aurais eu encore plus de plaisir à baiser le talisman ; mais tu me l'as caché, petite méchante ! C'était bien assez de me défendre d'aller cette semaine à Saint-Germain, sans me priver encore de cette dernière consolation.
Je n'ai point encore rangé la violette auprès de la campanule ; je la laisse un peu sécher auparavant dans le livre où elle est en presse.
J'ai vu hier, ma chère amie, Mme Allard et ton frère. Tout le monde est en bonne santé. Agarite (4) est tombée dans sa chambre et s'est fait mal au pied, elle est guérie à présent. Mme Campredon est à Lyon, je l'ai vue chez Carron. J'ai dit à Mme Allard qu'elle ne reverrait sa fille que la semaine prochaine. Je ne sais pas de nouvelles sur la maison Périsse ; j'en demande en allant porter cette lettre à la poste. Toutes ces dames sont à Bellerive (5). Marsil (6) vint me voir hier matin ; il me dit qu'il les avait laissées en bonne santé, et que Mme Périsse ne tarderait pas à revenir pour une excellente raison dont tu te doutes bien.
Ma pauvre amie, il y a encore deux jours entiers à passer sans te voir, et presque tout le troisième : c'est bien long pour ton ami. J'ai le coeur encore plus serré de ton absence aujourd'hui qu'hier ; mais je ne l'aurai plus samedi, c'est ce qui me console. Adieu, ma bonne amie, mes élèves m'attendent et je suis obligé de te dire adieu et de t'embrasser comme je puis, en attendant que je t'embrasse comme je voudrais. Adieu, ma bonne amie, tu te moquerais encore de moi si je mettais là un baiser ; cela me ferait pourtant bien plaisir ; n'oublie pas de penser à moi tous les soirs en te couchant. Dis tout ce que tu trouveras de plus joli à ta maman, ta soeur, Mlle Allard, les dames Sarcey.

A. AMPÈRE


(1) Six pages in-8°. Adresse sur la sixième. Un passage a été publié par Mme Chevreux, p. 132.
(2) L'enfant attendu qui fut Jean-Jacques et qu'on appelait d'avance Julie.
(3) Julie Allard.
(4) Mme François Carron, belle-sœur de Julie.
(5) Bellerive, propriété des Périsse.
(6) Périsse-Marsil, beau-frère de Julie.
  Source de l'édition électronique de la lettre :
DE LAUNAY (Louis). Correspondance du Grand Ampère. tome I. Paris : Gauthier-Villars, 1936. p. 049-050


  Autre source de la lettre : original manuscrit
Paris, Archives de l'Académie des sciences, fonds Ampère, carton XXVI, chemise 393 quarto

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