Je viens de recevoir ta lettre, ma charmante amie et comme elle m'a fait bien plaisir. Comme tu dis de jolies choses de la manière dont nos coeurs se correspondent et s'entendent ! C'est là mon bonheur et je ne dois pas me plaindre de mon sort. Tu me dis de relire mon portefeuille. Je n'ai plus à délibérer à présent ; la réponse du conseiller d'État Fourcroy est arrivée hier. Il remercie les professeurs de leur zèle à continuer, mais les invite à cesser leurs fonctions pour lesquelles le gouvernement ne peut tenir compte de rien absolument. Tous les professeurs cessent aujourd'hui. Tout le monde est d'avance si persuadé de mon prochain départ qu'on a arrangé mon inventaire du cabinet de physique pour demain. MM. Dupras et Olivier ont pris tous leurs arrangements comme étant sûrs de mon départ. Je ne puis rester, quand je le voudrais, sous aucun prétexte, à moins de faire dire que je ne sais où trouver de quoi manger. Cela, d'ailleurs, vient bien à propos pour mon ouvrage ; il n'y a plus qu'à rédiger, qu'à récrire ; on fait toujours cela sans choisir ses moments ; on n'a pas besoin de l'inspiration qu'il faut pour inventer. Toute la matinée et 2 heures de l'après-dînée étaient prises par mes leçons. J'aurai tout mon temps à Lyon, ou encore mieux à la campagne (2). J'espère que la rougeole n'y sera plus si forte la semaine prochaine. Il faut partir, au reste, quand ce ne serait que pour le qu'en-dira-t-on. Je t'embrasserai dans quelques jours ; je n'ai plus à faire que cet inventaire et mes paquets ; les faire porter chez Pochon et partir. Je ne sais pas précisément le jour, mais je crois aux premiers de la semaine prochaine. Mes paquets arriveront mercredi. Je serai à Lyon, auprès de ma Julie, pour toujours ; quel bonheur ! Si tu ne reçois plus de lettre de moi, c'est que j'irai encore plus tôt et que je mettrai tout mon temps aux préparatifs du voyage. La lettre n'arriverait qu'après moi. Mme de Lalande a écrit à une dame de Bourg qu'elle savait de bonne part que MM. Clerc et Mermet étaient placés à Moulins et moi à Lyon.
Mon amie, mon amie, nous ne nous quitterons plus ! J'ai reçu à temps dimanche ton paquet par la poste.


