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Correspondance d'Ampère, Lettre L1147

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lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr1147.html

Index des noms de personnes

Roux-Bordier, Jacques et Bredin, Claude-Julien      à      Ampère, André-Marie

A Monsieur Ampère, répétiteur à l'Ecole polytechnique à Paris, rue Fbg-Poissonnier n° 10
Aubenas-en-Vivarais, ce 26 juin 1806

[Note au sujet de la transcription] Cette lettre écrite à deux, sur le ton de la plaisanterie, présente une orthographe assez peu orthodoxe (qui la rend encore plus difficile à lire) ; il semble que Roux-Bordier et Bredin aient cherché à transcrire le parler local, accent compris. Bredin y mêle des italianismes et des fautes volontaires (il s'agit de montrer "la nostre barbarie"). Par cohérence avec les règles éditoriales fixées pour la présente édition, et pour permettre la recherche plein-texte, l'orthographe a été rétablie. On ne peut cependant s'empêcher de trouver que la lettre y perd une grande partie de son charme, et inviter le lecteur à consulter le fac-similé du manuscrit en parallèle...

 

[Roux-Bordier]

Monsieur,

Veuillez jeter vos yeux sur la carte de notre pays, au sud-ouest de Paris, et vous verrez le long du Rhône un petit pays, appelé Vivarais, et dans ce petit pays une petite ville nommée Aubenas, hé ben Monsieur dans cette petite Aubenas au milieu des montagnes, nous avons itou formé une Société pour les Perfectionnements de l'Esprit Humain et pour la propagation des Connaissances transcendantes en métaphysique. Monsieur Bredin de Lyon, qui est venu purger son foie et sa rate à Vals par le moyen de nos acides carboniques, a été d'un [saut] aggrégé à cette Société et comme il a été grand bruit dans notre pays, de votre représentation à Sa Majesté, ainsi que de votre [épée?], et comme quoi l'on a dit à l'Empereur dans cette réprésentation que vous étiez les espérances futures des mathématiques, des métaphysiques, des [superpositions] des mondes, des hypothèses explicatives, &c., en conséquence Monsieur, nous vous avons fait l'honneur de vous prier de nous faire l'honneur d'être Correspondant de notre Société. Pour commencer, Monsieur, notre correspondance, et vous faire voir que notre pays est un pays rare et curieux, nous vous envoyons, par le voiturier nommé Pégase, et sous la garde du dieu Apollon, un chargement de dix mille quintaux de [colonnes] prismatiques hexaèdre de 30 à 40 pieds de hauteur, que nous avions appelées dans le pays des basaltes et des laves coulées, mais que monsieur Bredin a appelé des [topases?]. Bien entendu Monsieur, que comme vous autres savants de Paris, vous prenez tout l'argent des pauvres provinces et qu'on nous pille sous le nom d'impôts de toutes les formes, et qu'on nous [ruine] à plaisir (sans doute parce que messieurs les savants, employant tout cet argent à la Science, y vivent sans faste, ni luxe, et sans plaisirs), vous voudrez, Monsieur, vous [illisible] de ces plus [illisible], en payer le port à raison de un louis d'or par quintal. Après les avoir examinés, nous faire un joli système sur la formation de ces basaltes, car vous êtes [illisible] dit-on en système, vous en faites comme un perruquier fait des perruques, et vous voudrez bien dédier votre ouvrage à notre Société, et vous voudrez bien aussi me citer avec éloge dans quelques pages et moi aussi Monsieur alors je vous citerai avec éloge dedans un ouvrage que je fais pour montrer que les gens qui vont à Paris se gâtent et corrompent et feraient mieux de rester en leurs pauvres petits pays, et que Paris est le pays des charlatans, des menteurs et des voleurs.

Adieu Monsieur, répondez-nous.

J. [illisible] de Bodmer [Roux-Bordier],

devenu Marquis de Moleron à Montélimar, département de la Drôme.

 

[Bredin]

Monsieur et cher ami, permettez que [tanben? =tambien espagnol?] je me joigne à monsieur Roux de Moléron pour vous témoigner combien est grand l'espoir que nous donne votre réception dans notre Société que nous avons formée pour l'avancement des Sciences systématiques. [En vérité] Monsieur, y a ben [illisible] d'ennui dans ce bel et [giente] pays. Nous ne savons faire autre chose que cultiver la terre, se promener et être heureux. Par pitié monsieur, sortez-nous de ce chemin battu. Faites-nous connaître les charmants labyrinthes de quelle [gienta?] science, la métaphysique. Et surtout, de [cette plus] [gienta?] encore, que vous en êtes le créateur, l'hypothèse explicativeOrthographiée Hypoutess Explicatef. ! Voyez ! Admirez notre barbarie, nous n'avons pas d'idée de cette sublime science !!

Adieu, Monsieur et cher ami.

C.J. [Bredin]

 

Ici Bredin reprend une orthographe et une syntaxe correctes.Quoique je me sois éloigné de vous, mon coeur n'en est pas moins intéressé à avoir de vos nouvelles. Je vous prie, écrivez moi à Lyon, j'y serai dans quelques jours : je désire savoir si vous êtes heureux, si vous êtes au point où tendaient toutes vos espérances. Je suis venu ici prendre les eaux, Roux qui a acheté le marquisat de Moleron près de Montélimar est venu me voir, et nous vous avons écrit des bêtises, à vous qui avez bien autre chose à faire. Je commence à m'en repentir, je voudrais vous parler raison, mais la poste n'entend pas raison.

Aimez-moi comme je vous aime.

C.J. Bredin



  Source de l'édition électronique de la lettre : original manuscrit
Paris, Archives de l'Académie des sciences, fonds Ampère, carton XXIV, chemise 334


Voir le fac-similé :
Lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr1147.html

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