@. Ampère et l'histoire de l'électricité 

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Correspondance d'Ampère, Lettre L987

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lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr987.html

Index des noms de personnes

Couppier, Jean-Stanislas      à      Ampère, André-Marie

Au Citoyen Manin, rue Puits du Sel maison Valton n° 65. Pour remettre au Citoyen Ampère fils. A Lyon.
A Claveisolles, le 24 7bre [1795]

Vous avouerez, Monsieur, que je suis un être bien singulier d'attendre 3 semaines pour répondre à votre lettre, tandis que je suis parfaitement maître de tous mes moments. Mais je ne sais moi-même comment va mon esprit depuis quelques temps. Rien ne m'occupe, à peine puis-je me remettre à réfléchir aux mathématiques. J'ai profité du beau temps pour me promener avec la citoyenne Sabine Couppier et le reste du temps je suis d'un désoeuvrement dont j'ai honte. Mais enfin, puisque je me suis un peu remis aux occupé des questions qui nous occupent, j'espère que cela me remettra à mon courant pour le travail. J'avais commencé il y a 2 mois un extrait de Desaguliers. C'était un peu par paresse, car je trouvais cela bien moins [appliquant?] que d'approfondir les mathématiques, ne cherchant surtout qu'à profiter de ses expériences. Cela m'a donné l'idée de profiter de toutes celles que je pourrais trouver dans d'autres auteurs, de sorte que j'en ai fait un pot pourri, qui sera sûrement rempli d'erreurs, mais à mesure que je m'en apercevrai je les rayerai. Depuis trois semaines j'ai presque abandonné ce travail ainsi que tous les autres.
Vous m'avez tiré d'une grande erreur au sujet des lois du mouvement. Je vois que j'étais là-dessus dans une profonde ignorance. Ce n'est point entièrement la faute des auteurs que je lis, comme vous le pourriez croire. Mais ayant pris comme à la volée le premier principe du mouvement, j'en ai tiré de fausses conséquences, parce que j'ai voulu travailler sans guide au lieu de profiter des lumières de mes auteurs, dont je n'ai guère étudié que les expériences de sorte que ma présomption m'a perdu. Vous m'avez rendu un grand service de m'éclairer sur un point aussi important. Je vois bien qu'il faut que j'abandonne mon mouvement perpétuel. Ce n'est pas sans quelque peine que j'en fais le sacrifice ; mais il est forcé. J'ai bien plus de chagrin de voir que je ne peux pas tenter le vôtre dont j'espérais fort le succès.
Au sujet du frottement des engrenages, il me semble toujours que celui qui se fait avant la ligne des centres peut devenir infini quand même. L'angle cab [voir figure sur fac-similé] est de plus de 90 degrés. Je ne chercherai pas à vous le démontrer. Je suis persuadé que vous en trouverez la démonstration de vous-même. Ce qu'il y a de certain c'est que l'expérience est contre vous et que la roue ne peut pas faire aller le pignon, lors même que l'angle cab est de plus de 110 degrés. Ainsi je suis bien persuadé que votre engrenage par un pignon à une seule dent ne réussira point. Il y en a une autre raison à laquelle vous n'avez peut-être pas réfléchi, c'est que cette dent du pignon ne peut pas avoir la place de passer entre les dents de la roue.
Je n'ai point encore compris ce que vous m'avez dit au sujet du tube de M. Pitot. Il me semble toujours que la colonne ac [voir figure sur fac-similé] doit éprouver moins de résistance dans les directions cb, cd, que dans la direction cf parce que le courant de l'eau qui choque dans la direction fg n'éprouve point de décomposition au lieu que la partie du courant qui vient dans les directions hb et id se décompose en deux forces. L'une perpendiculaire à la surface de l'entonnoir est anéantie, l'autre qui lui est parallèle est la seule qui soutienne la colonne d'eau ac donc cette colonne ac doit être moins haute que si elle était en équilibre avec la force entière du courant. D'ailleurs si l'angle acd était infiniment près de 180 degrés, il est clair que l'eau ne se soutiendrait pas dans le tube au-dessus du niveau de l'eau extérieure, donc la forme de l'entonnoir n'est pas tout à fait indifférente.
Quant à l'entreprise dont vous m'avez parlé, elle est beaucoup au-dessus de mes forces. Vous voyez combien les moindres questions de mécanique m'embarrassent. D'ailleurs quel ordre suivre dans une matière aussi vaste.
Je me vois forcé de vous quitter, Monsieur, pour [ne pas] faire attendre plus longtemps une réponse que j'ai [honte de] vous envoyer si tard. Vous jugerez par la brièveté de ma lettre combien mon esprit est vide depuis quelque temps ; mais je vous prie d'être bien persuadé que mon cœur ne l'est point et que rien ne pourra diminuer l'attachement avec lequel je serai pour la vie votre sincère ami.

Mon adresse est toujours : Au C. Couppier père, à Claveisolles par Beaujeu en Beaujolais.



  Source de l'édition électronique de la lettre : original manuscrit
Bibliothèque de l'Institut de France, MS 3349 (3)


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