@. Ampère et l'histoire de l'électricité 

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@.ampère

Correspondance d'Ampère, Lettre L716

Présentation de la Correspondance

Ampère, André-Marie      à      Ampère, Jean-Jacques (fils d'Ampère) (1)


[20 octobre 1827]

Enfin je sais où t'écrire, mon cher fils, par ta lettre en deux lignes écrite de Berlin le 10 octobre. Je pense que tu auras trouvé à la poste restante de cette ville trois ou quatre jours plus tard celle que je t'y ai écrite et qui a dû y arriver du 12 au 14. Je te rappelle dans cette lettre ce que je t'avais écrit deux jours auparavant dans une autre écrite à Copenhague, car tu m'avais marqué d'écrire à la fois dans ces deux villes, toutes les circonstances qui se sont réunies pour me faire sentir la perte de cette angélique Clémentine comme si elle eût été de ma famille. C'est en arrivant le 30 septembre au soir de Vanteuil que j'appris cet affreux malheur. C'est le lendemain que je suivis son convoi, que je versai tant de larmes en entrant dans ce salon, en entendant le discours prononcé sur sa tombe et le soir, en voyant M. et Mme Cuvier abîmés dans la douleur. Comme je sus gré à ce malheureux père d'avoir pensé à toi lorsque je serrai ses mains dans les miennes ! Il pleurait presque continuellement depuis trois jours. Son teint est resté verdâtre, ses traits altérés ; mais l'expression de sa physionomie est encore celle d'une immense douleur. Mme Cuvier paraissait plus résignée le premier jour ; mais elle était muette, immobile, abattue. Sa seule vue me déchirait l'âme. J'y suis allé trois fois depuis. Elle m'a paru toujours plus souffrante, répondant avec peine aux personnes qui lui parlent. J'y ai trouvé du monde les trois soirs que j'y suis retourné. Tous ceux qui les connaissent ont été chez eux sans distinction de jours et toujours on a été reçu.
C'est mardi passé 16 octobre la dernière fois que je les ai vus. J'y allai avec Chevreul et Pariset ; ils parvinrent à faire causer M. Cuvier. Mais Mme Cuvier était toujours silencieuse et accablée. Sa figure est bien changée. Du reste, on se flatte qu'elle conservera la santé qui lui reste.
Je t'ai parlé dans la même lettre du projet de mariage pour ta soeur. M. Ride me fut présenté je ne sais pourquoi ni comment par quelqu'un que je ne connaissais que parce qu'il m'avait déjà proposé un autre parti pour ma fille, affaire qui n'avait pas pu s'arranger. M. Ride me plut beaucoup. J'en parlai à ma soeur et à ma fille. Il vint me voir ; elles furent en parler aux dames Potot et Ampère. Le résultat fut qu'on devait refuser. Cela me fit beaucoup de peine. Je le fis à mon corps défendant. Le lendemain, ma soeur, ayant revu ces dames, eut beaucoup de regret de ce qu'elle avait fait. Il paraît que les dames Potot et Ampère le regrettaient aussi. Je dis qu'il n'était plus temps de revenir sur ce refus. Mais je reçus une lettre de M. Ride très bien. Cela augmenta les regrets de ma soeur. Albine parut les partager. J'écrivis à M. Ride qu'il me vint voir et que je lui dirais les motifs du refus. Il vint ; je lui dis, ce qui était vrai, que les dames qui ont la fortune de ma fille ne trouvaient pas la sienne suffisante et que nous craignions qu'il ne fût obligé de demeurer la plus grande partie de son temps à Versailles et que ma fille ne pouvait consentir à y demeurer loin de nous. Il leva facilement cette difficulté parce qu'il n'y a par année que quatre mois où il est censé devoir être à Versailles, qu'il suffisait, pendant, ces quatre mois, qu'il y passât quelques jours par semaine, que, lui ayant montré le désir de faire ménage commun, je pouvais être sûr que c'était son bonheur et sa ferme résolution de ne jamais me séparer de ma fille, etc.
Restait le consentement des dames Potot et Ampère. Il partit pour son pays aller arranger tout ce qui devait l'être si la chose devait avoir lieu et moi je partis pour Vanteuil. Ma soeur, pendant que j'y étais et un notaire que j'avais consulté obtinrent le consentement et divers avantages de ces dames. C'est en arrivant que je sus à quoi m'en tenir là-dessus et que ma soeur m'expliqua le plan qu'elle avait [fait] avec Albine pendant que j'étais à Vanteuil, de porter la cuisine à l'entresol et sans rien déranger à ma chambre, à la tienne, ni à celle de ma sœur [...]



(1) Quatre pages in-4° sans conclusion et sans adresse. Un passage a été publié par Mme
Cheuvreux, p. 481.

Correspondance du Grand Ampère, tome II, p. 699-700
  Source de l'édition électronique de la lettre :
DE LAUNAY (Louis). Correspondance du Grand Ampère. tome II. Paris : Gauthier-Villars, 1936. p. 699-700


  Autre source de la lettre : original manuscrit
Paris, Archives de l'Académie des sciences, fonds Ampère, carton XXV, chemise 379
(Quatre pages in-4° sans conclusion et sans adresse.)


Voir le fac-similé :
Lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr716.html

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