@. Ampère et l'histoire de l'électricité 

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@.ampère

Correspondance d'Ampère, Lettre L235

Présentation de la Correspondance

Ampère, André-Marie      à      Carron-Ampère, Julie (1ère femme d'Ampère) (1)

A Madame Ampère, chez Mme Carron, rue du Grison, vis-à-vis la rue Terraille, à Lyon.
Mercredi [16 mars 1803]

Il m'a été impossible de t'écrire ce matin par Pochon. Que je pestais contre moi-même de n'avoir pas préparé la lettre hier au soir ! Mais j'étais en train de recopier et de corriger le mémoire que je dois porter à Lyon à M. Delambre. Ce mémoire hâtera l'instant où je dois te voir. M. Delambre quitte Lyon pour retourner à Paris mardi ou mercredi. M. le Préfet a prolongé l'École centrale de dix jours pour attendre la réponse du Ministère qui doit décider si elle se continuera jusqu'à ce qu'on ouvre les Lycées de Lyon. Aucun des professeurs ne l'espère et si, comme ils le croient, Fourcroy ne fait point de réponse, ces dix jours seront perdus pour nous. Cependant nous n'avons pas refusé dans la faible espérance d'une réponse favorable ; mais, comme je voulais remettre moi-même mon mémoire à Delambre, j'ai demandé la permission de faire un petit voyage à Lyon pour revenir au milieu de la semaine prochaine. Je partirai dès que mon mémoire sera écrit, je serai à Lyon samedi ou dimanche. Ne t'inquiète pourtant pas s'il me retenait plus longtemps. M. Delambre ne devant quitter Lyon que mardi ou mercredi, j'ai de la marge. J'ai su aujourd'hui que M. Delambre avait dit à un dîner chez le préfet : « Vous allez perdre M. Ampère, c'est un homme d'un mérite supérieur ; il a envoyé un mémoire à l'Institut et l'avis unanime des membres de la Section de mathématiques est que cet ouvrage ne pouvait venir que d'une tête forte. » Je te rapporte mot à mot la phrase comme on me l'a rendue.
Je suis toujours bien inquiet de ta santé ; je me désespère en pensant que ma dernière lettre t'a peut-être fatiguée. Cet appartement me trotte toujours dans la tête, je me reproche de ne t'avoir pas dit plus tôt ce que je savais de la difficulté d'avoir des élèves hors du Lycée.
Je pourrai, en dédommagement, y donner toutes les leçons que je voudrai et hors des heures fixées par le règlement, au prix que je voudrai, moyennant que je ne garde pour moi que les deux tiers de l'argent et que j'en remette un tiers au procureur pour les dépenses de local, feu, lumière, etc. Tu avoueras que cela vaut presque autant que d'en être chargé chez soi ; du moins on ne dépense qu'à proportion de ce qu'on gagne, au lieu qu'un seul élève exige une chambre aussi grande et un aussi bon feu que 10. Au reste, je ne saurai tous les détails de ces arrangements que quand j'aurai vu M. Béranger, proviseur du Lycée de Lyon et je ne sais rien que sur des ouï-dire très vagues encore. J'espère que, vu le temps qui reste d'ici à la Saint-Jean, la promesse de bail sera retirée sans effort. Si cela n'avait pas lieu, nous verrions ensemble, puisque je vais à Lyon, le meilleur moyen de tirer parti de ces cinq pièces. Ah, je ne t'avais pas assez dit quelle envie j'avais eue de voir l'appartement de l'année passée loué à M. de Las ! Je ne t'avais pas dit comme je m'applaudissais de cet événement, et comme je pensais qu'il nous suffirait de trois pièces avec un petit cabinet. Ton esprit se reposait sur les élèves ; je ne voulais pas t'inquiéter à ce sujet. Comme je suis puni d'avoir été trop peu sincère, quoique ce fût pour moi une bonne raison ! A présent, je suis sûr du Lycée et mes succès doivent te satisfaire. Je ne suis plus en peine de la fortune de mon fils, mais bien de la manière dont nous serons jusqu'à ce que je gagne davantage. Je sens combien il faut économiser l'argent, et encore plus le temps qui est ma seule ressource pour parvenir à une grande réputation et, par son moyen, à une grande fortune. Tu regarderas tout cela comme des rêveries, ma bonne amie ; mais je t'assure que ce n'en sont pas, tu verras si mes augures seront trompés. Ce n'est plus la fortune qui m'inquiète, c'est la santé de ma bonne amie.
J'ai fait ce que j'ai pu, mais tout à fait inutilement jusqu'à présent, pour savoir quelques détails de la dame dont tu m'as parlé. M. Duplantié est à présent préfet dans le département des Landes, près de Bordeaux, et il paraît que cette dame ne s'était pas vantée de sa maladie. Mais ne pourrait-on rien savoir à ce sujet du médecin qui réside à l'établissement des eaux ? Voilà tout ce que je sais pour le moment. Quand viendra celui où je pourrai t'embrasser ? Hélas, j'en ignore l'époque précise ; de nouveaux événements pourraient rompre le projet de ce voyage subit. Je pourrais me contenter d'envoyer mon mémoire à Lyon à M. Delambre par l'entremise de Ballanche ou toute autre. Ne t'attends donc point à me voir tout de suite ! Je serais privé de te voir, mais j'épargnerais 9 à 10 livres que peut me coûter ce voyage. Au reste, j'ai un louis intact en caisse, et il pourrait y avoir de l'avantage à remettre moi-même mon mémoire. Je suis bien indécis. J'attends demain une lettre de toi. Avec quelle impatience je désire savoir de tes nouvelles et ensuite ce que l'appartement est devenu.

Du jeudi [17 mars] – Je t'embrasse mille fois. Ne m'attends pas ! Mais j'espère toujours te voir avant mardi. L'arrêté du préfet n'aura probablement pas lieu.



(1) Huit pages 16,5 x 22 ; adresse à la fin, pas de timbre. Mme Cheuvreux a publié trois
passages, p. 306 et 307.

Correspondance du Grand Ampère, tome I, p. 253-254
  Source de l'édition électronique de la lettre :
DE LAUNAY (Louis). Correspondance du Grand Ampère. tome I. Paris : Gauthier-Villars, 1936. p. 253-254


  Autre source de la lettre : original manuscrit
Paris, Archives de l'Académie des sciences, fonds Ampère, carton XXVI, chemise 393 quarto
(Huit pages 16,5 x 22 ; adresse à la fin, pas de timbre.)


Voir le fac-similé :
Lien de référence : http://www.ampere.cnrs.fr/amp-corr235.html

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